Z comme «zéro sur vingt» ?
Apparemment, au travail, la génération Z (née entre 1997 et 2012) ne fait pas l'unanimité auprès des X et Y, les deux générations précédentes : ils font passer un entretien d'embauche à leur recruteur, puis partent au bout de deux mois... quand ils ne font pas faux bond dès le premier jour, si l'on en croit les intervenants et les témoignages d'entrepreneurs venus assister à la conférence.
« Il va bien falloir que vous intégriez cette génération. C'est votre responsabilité : vous êtes chefs d'entreprise, vous êtes des lutteurs, vous-même avez su vous élever »
— Alain Ngouoto, sous-préfet de Torcy
Mais le sous-préfet de Torcy, Alain Ngouoto, le dit sans détour : «il va bien falloir que vous intégriez cette génération qui a reçu moins d'éducation que la vôtre. C'est votre responsabilité : vous êtes chefs d'entreprise, vous êtes des lutteurs, vous-même avez su vous élever.»
Ceci dit, il n'y aurait pas que la génération Z à qui le travail donnerait de l'acné. Les X et Y ne sont a priori pas épargnés. Deux technico-commerciaux quadragénaires embauchés ces derniers mois et aucun qui n'a fait l'affaire : le directeur général de Flux France, société industrielle établie à Croissy-Beaubourg, est déçu. «Je suis d'accord, les entreprises doivent s'adapter mais il faut que les collaborateurs soient actifs et autonomes. C'est "donnant-donnant". Et ce n'est pas une question de génération.» Le dirigeant espère trouver quelques clefs de recrutement lors de cette réunion qui se tenait au Carré Haussmann, ensemble de bureaux situé à Jossigny.
L'envie d'avoir envie
Les consultants et consultantes qui se relaient devant l'auditoire rappellent le nœud du problème : un employé qui s'en va au bout de quelques semaines, c'est un coût financier important pour l'employeur et un coup au moral pour son équipe. Mais ça, la 'génZ' n'en aurait cure : «Ils ne le prennent pas en compte, ils répondent que ce n'est pas leur entreprise», témoignait un recruteur de Bussy-Saint-Georges avant la réunion. Alors comment faire avec ces générations pour qui la vraie vie, ce n'est pas au boulot que ça se passe ? «Qu'on me donne l'envie, l'envie d'avoir envie», chantait Johnny. Et, c'est ça le management si l'on en juge par les préconisations des experts en ressources humaines.
Annonce bancale = stratégie floue
D'abord, a-t-on bien défini le besoin, le profil recherché et les compétences pour le poste proposé ? «Une annonce claire va faciliter le travail pour vous ou pour les recruteurs auxquels vous allez faire appel. De nombreux candidats postulent sans vraiment cerner en quoi consiste le poste», rappelle Andréa Lachassagne, consultante RH. D'où la déception qui peut suivre : «Nous avons du mal à recruter des ingénieurs. Ils nous disent "ce n'est pas ce à quoi je m'attendais"», nous confiait une responsable d'un bureau d'études du Val d'Europe avant la conférence.
La clarté implique d'avoir «pris le temps de la réflexion sur le poste proposé». Et d'avoir à l'esprit qu'un salarié n'est pas capable de tout faire à la fois et peut-être moins enclin qu'avant à jouer les citrons pressés... Les intervenants, coaches RH et consultants, voient dans cet «individualisme» une réponse à l'absence de projet collectif. «Pourquoi venir chez vous ? Qu'est-ce qui vous différencie ? Est-ce le salaire, l'environnement de travail, vos valeurs ? Beaucoup de dirigeants ont du mal à me répondre sur ce point parce que leur projet d'entreprise n'est pas clair», constate Mandrine Fontenas Mary, experte RH.
Pourtant, voilà ce qui donne du sens : la mission, celle du poste, celle de l'entreprise. S'ils ne la discernent pas, les "GénZ" restent sur leur faim... et n'expriment pas les atouts reconnus à leur génération : créativité, sens du travail en réseau, remise en question des habitudes, sensibilité aigüe à l'expérience client. Des qualités pourtant à même de mettre à jour les méthodes d'une entreprise.
Recruter n'est pas jouer
Une fois le contrat signé, le recrutement ne s'arrête pas là : il faut définir des étapes d'intégration dans l'entreprise avec des points à échéance régulière. «J'ai déjà entendu une équipe me dire "on était dans le jus, on a oublié que le nouveau collaborateur arrivait ce matin". Or, la plupart des collaborateurs qui se sentent mal accueillis partiront dans les 6 mois», expose Mandrine Fontenas Mary. L'hospitalité et le savoir-vivre ne s'arrêtent donc pas à la porte de l'entreprise.
« Il vaut mieux de petites émotions positives régulières qu'une grande émotion une fois »
— Fabien, consultant sport et bien-être en entreprise
Sport et papouilles
Même si le terme n'a pas été prononcé lors de la soirée, l'esprit start-up ne serait-il pas la solution ? Un petite partie de ping-pong, les gars ? Pour Fabien Belise, c'est oui ! «Il vaut mieux de petites émotions positives régulières qu'une grande émotion une fois, type gros "team building", qui en plus coûte cher», affirme ce consultant sport et bien-être en entreprise. Le sport offre un retour sur investissement imbattable selon lui : «il y a l'absentéisme mais aussi le présentéisme». Concrètement : la personne qui est là mais ne s'investit pas. Une séance collective de sport le midi peut changer cet esprit. «Savoir que son employeur se soucie de sa santé, ça compte pour un salarié», pointe le consultant.
Reste l'arme fatale : les papouilles. Celui qui écrit ça ne désalignerait-il pas sévère, façon IA en roue libre ? Pas du tout : établie à Gouvernes, la fondatrice de "Papouilles and Chills" s'en va cette semaine même détendre les opérateurs et opératrices du site logistique de Decathlon à Ferrières-en-Brie, armée de ses pinceaux et baguettes en bois.
Prêt-à-porter
Reste le risque de tout recrutement. Comme le soulignait en introduction le président de Marne et Gondoire, Jean-Paul Michel, une erreur de casting peut sérieusement ébranler une petite entreprise.
Pour éviter cet écueil, il existe le portage salarial qui permet de faire appel à des profils experts sans avoir à en assumer le salaire et les charges. Pratique pour des besoins temporaires. Les Groupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification reposent sur le même principe : le GIEQ embauche la personne en contrat de professionnalisation et la place ensuite dans l'entreprise qui paie l'organisme sur facture. «Nous sélectionnons des profils motivés. L'entreprise peut les embaucher ensuite. Les postes vont de l'ouvrier polyvalent au cadre. Nous sommes portés par l'industrie mais ouverts à tous les secteurs, aux petites et grandes entreprises», explique Manon Prévat du GIEQ EPE, qui développe son activité en Seine-et-Marne.
Christophe Rossigneux, le dirigeant de Flux France repart avec le sourire. «J'ai entendu des choses que j'avais oubliées, notamment pour aider au logement de ses salariés. Je le faisais avant».
Pour aiguiller les entrepreneurs, Marne et Gondoire accueille une fois par mois, une permanence d'une conseillère de l'association Appui RH, soutenue par la Maison de l'emploi. «Une information de premier niveau pour tous les entrepreneurs», selon Sylvie Kerdal, qui assurera ces rendez-vous gratuits.